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Le réveil du chèque restaurant : entre fintech, foodtech et guerre des talents

Alors qu’il célébrait il y a peu son cinquantième anniversaire, le chèque restaurant semble connaître une nouvelle jeunesse à la faveur du vent d’innovation qui bouscule l’ensemble de l’économie.

Conçu à l’origine comme un avantage social octroyé au salarié, le « titre restaurant » ou « chèque restaurant » s’est imposé progressivement une composante significative de la rémunération des salariés, et un outil de différenciation pour attirer les talents dans les entreprises.

Toutefois, à l’heure où la digitalisation souffle sur l’ensemble de l’économie, et notamment sur les moyens de paiement, la persistance d’un titre de paiement matérialisé fait figure de vestige d’une époque révolue. Les fintechs s’efforcent d’œuvrer en ce sens afin de proposer de nouveaux outils de paiement dématérialisés : depuis les téléphones portables jusqu’à la reconnaissance faciale.

Dans ce contexte, la digitalisation du titre restaurant était inéluctable et elle semble se déployer à marche forcée.

Validée à peine en 2014 par le législateur, la dématérialisation des titres restaurants a suscité de nombreux appétits. Julien Tanguy, patron d’Edenred (ex Accor), confiait que selon lui, les litres papiers n’existeront plus à l’horizon 2022, dans 3 ans.

Comme toujours, nous pouvons constater une double tendance :

  1. D’une part des pure-players digitaux qui s’invitent dans un métier traditionnel,
  2. Et d’autre part des acteurs traditionnels qui se digitalisent.

Illustration de la première tendance, la start-up Lunchr, lancée en 2016, vient par exemple de boucler sa deuxième levée de fonds pour un montant cumulé de 41 millions d’euros, auprès des fonds stars Kima Ventures ou Daphni. Adossée au système de paiement Mastercard, Lunchr a l’avantage de la simplicité en ne requérant pas de mises à jour des terminaux de paiement des commerçants, et en apportant une forte satisfaction du consommateur. Ela start-up revendique autour de 40 000 utilisateurs mais table sur un croissance rapide pour atteindre 200 000 salariés fin 2019.

Face à lui, des acteurs traditionnels qui couvrent l’essentiel des 4 millions de salariés bénéficiaires, ne souhaitent pas voir cette mutation leur échapper, et font le pari de la digitalisation. Les mastodontes du secteur (Groupe Chèque Déjeuner, Sodexo, Edenred, Natixis) ont mis en place une nouvelle norme CONECS qui permet de donner aux salariés des cartes de paiement tout en exigeant une mise à jour des terminaux de paiement des commerçants.

Cette digitalisation est d’autant plus nécessaire que ce moyen de paiement traditionnel est traversé également par les mutations à l’œuvre également dans le secteur de la restauration avec les foodtech.

Les plateformes de commandes en ligne (Deliveroo, Uber Eats, Nestor…) captent désormais une partie significative des livraisons de repas, d’autres applications permettent de réserver un restaurant, d’optimiser la qualité nutritionnelle de son repas…

Tous ces éléments obligent les acteurs traditionnels des « titres restaurants » tout comme les nouveaux venus à élargir leur positionnement en devenant une composante au service des entreprises pour renforcer le bien-être des salariés et attirer les meilleurs talents. Ils doivent donc tenir compte de la grande mobilité des salariés, des nouveaux usages de consommation, de l’exigence moderne d’une nourriture saine et contrôlée.

Le salarié ne cherche pas simplement un moyen de payer son repas, mais il cherche également à manger bien, des produits de qualité, et à optimiser son temps.

Les entreprises l’ont bien compris, et la « guerre des talents » passe aujourd’hui par un ensemble de compléments salariaux qui traduisent ce souci du bien-être du salarié en proposant aux salariés tout une gamme de services dédiés à son épanouissement (abonnements aux salles de sport, restauration de qualité, télé-travail…)

Il appartient donc aux acteurs traditionnels de répondre à l’ensemble de ces attentes en élargissant leur chaine de valeur traditionnel. Ils doivent répondre à un triple défi :

1.      S’adapter aux innovations des fintech en matière de moyen de paiement

2.      Accompagner les salariés dans leurs exigences d’une nourriture saine, d’un service rapide, adapté à leur nomadisme, et en prise avec les innovations de la foodtech

3.      Répondre à l’attente des entreprises de disposer d’outils attractifs pour garantir l’épanouissement de leurs salariés et attirer les meilleurs talents

Après cinquante ans d’existence, ce n’est donc pas une retraite tranquille qui attend le titre restaurant, mais bel et bien une seconde jeunesse !

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